J’ai échangé dernièrement avec un dirigeant d’entreprise qui cherche à embaucher des jeunes collaborateurs pour pourvoir des postes en création dans ses services.


Le recrutement est l’une des facettes de mon métier et je connais les obstacles rencontrés par  la jeune population pour accéder à un emploi durable, dans des conditions correctes et ceux rencontrés par les entreprises pour dégoter leur perle rare.


Aussi, lorsque ce dirigeant m’a fait part de ses difficultés de recrutement, je n’ai pas été surprise.


Car oui, il y a des jeunes désireux d’accéder au marché du travail et oui, il y a des entreprises souhaitant les accueillir, les  intégrer et leur offrir des possibilités d’évolution et ce, dans des dispositions tout à fait convenables.


Et oui, de nouveau, il y a des freins qui empêchent les deux parties de se rencontrer et de conclure un contrat !

 


Devants mes interrogations sur ce qui lui posait problème,  mon interlocuteur m’a expliqué un fait symptomatique de notre époque, que j’ai pu vérifier par ailleurs sur d’autres actions de recrutement.


Ayant reçu en dernier lieu un jeune diplômé d’une école de commerce, il s’est heurté à un facteur imprévu.


L’institut de formation avait stipulé au jeune candidat qu’en aucun cas, compte tenu de son cursus, il ne devait accepter un poste ne comportant pas un niveau de mission déjà très avancé ni un salaire minimum tout à fait hors des réalités. Cela  revenait à affecter  un jeune débutant à un poste pour commercial chevronné et expérimenté avec une rémunération en conséquence …


Fort de la mise en garde de son école, le jeune diplômé a décliné le poste proposé en CDI.


Quel dommage !

 


Comment une école, chargée de surcroit d’aider ses élèves à s’intégrer, peut-elle à ce point méconnaître les réalités du monde du travail et – pire !- entraîner les jeunes dans de telles aberrations ? 


Sommes-nous donc perdus corps et âmes dans le monde du tout, tout de suite, dans celui du  « tout m’est dû parce que je le vaux bien » ? 

 


Qu’on ne se méprenne pas !


Loin de moi l’idée de cantonner les personnes à un niveau inférieur à leur capacité  ou à accepter n’importe quoi tout en faisant des concessions indécentes et unilatérales…


Mais partir d’une base solide, progresser, évoluer dans une fonction, que ce soit dans une entreprise ou en passant par plusieurs sociétés reste encore la meilleure façon de se construire professionnellement en acquérant le sens et la valeur de l’effort et de la vertu de la patience.

 

Ce n’est pas parce qu’un jeune suit un cursus qui le prépare à accéder à un poste à responsabilité et d’encadrement  qu’il  sera directeur dès son premier emploi… ce qui dans l’anecdote du début de mon propos correspondait à offrir un poste de responsable commercial à ce jeune candidat fraichement diplômé de son école…un non-sens total…


Car si une formation prépare à un métier,  il faut encore acquérir les méthodes de travail, parfaire sa pratique, gagner en maturité professionnelle !


Qu’il serait un piètre gestionnaire du personnel et un mauvais manager celui qui brouillerait les cartes en balayant d’un geste illogique les préceptes de rémunération équitable, d’évolution de carrière, de prise en compte de l’expérience, de reconnaissance des compétences acquises au fil des années au profit de la détention d’un diplôme !


Intégrer un salarié en ne tenant pas compte des collaborateurs déjà en place et en proposant des conditions démesurées au nouvel arrivant reviendrait à poser une bombe sociale à l’entrée de l’entreprise et à créer un sentiment d’injustice insupportable !

 


 

Effort, persévérance, envie.


Il faut battre notre coulpe et se l’avouer : nous avons perdu et fait perdre à la jeune génération  le sens de l’effort, de l’envie de se dépasser, de s’impliquer et de tendre vers un objectif.


Celui de mobiliser notre capacité de persévérance, de prouver aux autres et à soi que nous sommes à la hauteur de nos ambitions.


De nous donner les moyens.

 

 

Retrouvons le sens des réalités, acceptons de laisser le temps au temps.


Ecoles, universités, organismes de formation, entreprises, ayons une approche commune et de réels échanges pour faciliter l’intégration  des jeunes diplômés.


Cessons de les envoyer se fracasser sur le tain du miroir aux alouettes…

 

 

(Retrouvez cet article en ligne sur CERGYVIE!)


 

 


 

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