« La boîte en porte-jarretelle ! ?»

 

 

 

 

 

« DRH –chérie,  il faut restaurer la motivation des salariés…

- Autant résoudre un Rubik’s cube en 10 secondes, les yeux bandés, Big-Boss-adoré… »

 

Quand la motivation des troupes prend des allures de casse-tête chinois (ou soviétique dans mon petit dialogue…), il est grand temps de se pencher sur l’un des maux du monde du travail : le manque d’engagement, le désintérêt des travailleurs pour leur entreprise et leur emploi.

 

 

Elles sont loin les années où les salariés marchaient à la Wonder, se rêvaient en Tapie (ou en Sophie de Menthon à la rigueur pour les poulettes du XVIème arrondissement de Paris arborant serre-tête en velours sur leur impeccable carré blond), bavant sur les dossiers même le dimanche, assoiffés de reconnaissance et avides d’obtenir leur diplôme es workalcoolisme… ça posait son salarié, ça faisait « in », « chébran »…

 

A cette époque, les jeunes bourgeoises à mâchoire carrée et à épaule de nageuses de feue-l’Allemagne de l’Est se ruaient sur les bancs des écoles de commerce et draguaient du futur trader au Café Costes.

 

« Passer sa vie au travail », « vivre pour travailler »… voilà qui était de bon ton.

 

Seulement, les modèles économiques dont on a voulu nous abreuver se sont révélés bien fragiles au regard des turbulences du monde, fissurés sous les coups de boutoir du chômage, des délocalisations et des dégraissages…

 

Se détournant petit à petit de la logique trop financière des entreprises, les salariés se sont pris à redonner de l’importance  à la qualité de leur vie privée et à formuler des aspirations personnelles.

 

Les jeunes générations ne sont plus prêtes à accepter des conditions de travail qui auraient une  trop grande incidence sur leur vie privée. S’investir, d’accord,  mais en contrepartie le travail doit être stimulant et l’ambiance au rendez-vous. Pour résumer, le plateau de la balance doit cesser de pencher en faveur de Big Boss et tendre vers l’équilibre avec celui du salarié.

 

Cette fameuse Génération Y dont on nous rabat les oreilles  - « tous des feignasses, ‘leur faudrait une bonne guerre à tous ces glandus… »  - nourrie au sirop de la Bogosse Academy- flouze facile et gloire pailletée, réclame qu’on lui laisse de l’autonomie  et qu’on lui donne des responsabilités pour s’exprimer…

 

Difficile à admettre par Big Boss qui ne se nourrit qu’au nectar des tableaux de bord et des ratios, des actions planifiés et des rapports,  glorifiant tous ces fils à la patte et ses normes codifiées qui finissent, par excès d’utilisation, par brimer toute spontanéité.

 

Or si il y a une chose que Y déteste, c’est bien de se sentir tracé voir même traqué pour finir étriqué !

 

Devant ce type de situation, deux réactions coexistent selon l’âge du salarié.

 

La génération précédente se désengagera totalement et mettra une croix sur la fidélité à l’employeur, notion qui était si chère aux aînés.

 

L’entreprise et le salarié se transforment alors en une sorte de couple désuni mais qui se refuse au divorce pour des raisons de confort : le domicile n’est pas loin du lieu de travail (c’est plus facile pour gérer sa vie personnelle), on perçoit son salaire à la fin du mois (les vertus de l’alimentaire…), les collègues sont sympas (le resto du midi est cool aussi), la routine dans laquelle on s’enferme vite à quelque chose de si rassurant que le risque de la perturber devient bloquant. Bref, on reste par habitude (« Comme d’habitude » serais-je tentée de fredonner !) même si le cœur n’y est vraiment plus.

 

La jeune génération, les Y donc, n’y ira pas par quatre chemins…  impatiente, elle va zapper purement et simplement l’entreprise trop sclérosée pour se remettre en question, revoir son mode de fonctionnement et ce qu’elle propose aux salariés.

 

Exit Papy, Game Over, next one ! Si l’entreprise ne donne pas satisfaction, le jeune salarié s’en va et c’est tout…

 

Les entreprises voulaient du salarié jetable ?

Les Y répliquent par de l’entreprise largable.

 

Alors ?

Que faire ?

Motiver est-il encore possible ?

Ou faut-il séduire ?

 

C’est bien sur le terrain de la séduction que l’entreprise doit de plus en plus se placer mais - attention ! - pas dans le registre d’une séduction factice, avec appâts de façade dont le vernis s’effrite dès qu’on le gratte un peu. La bombe ne doit pas se muer en thon une fois qu’on lui a retiré son Wonder-Bra, ses implants capillaires et son slip remonte-fessier.

 

Le désamour serait terrible et irréversible !

 

Aujourd’hui, pour qu’un salarié adhère à une société, elle doit lui sembler compatible avec un avenir satisfaisant pour tous quand il ne s’agit pas d’être en harmonie avec la planète toute entière.

 

Y attend lui une transformation radicale du monde du travail et des institutions (il en deviendrait attachant, le chérubin !).

 

Progrès social et développement durable sont préférés à la rentabilité et au profit sans âme.

 

Pour séduire les salariés, les chefs d’entreprises, managers de tout poil et DRH (c’est notre rôle, mes sœurs et mes frères !) doivent revêtir leurs atours les plus hots : le porte-jarretelle gauche déroule suavement des valeurs humanistes sur un épiderme soyeux tandis que le porte-jarretelle droit dévoile des prises de positions et des actes responsables.

 

…je prédis un nouveau public à Dita von Teese !

 

 

 

Quant à moi, je vous laisse, je file faire mes emplettes chez Froufrou-Shop !

Retour à l'accueil