1 salarié sur 3 serait victime du stress ou du mal-être au travail.

Des réflexions sont lancées par les institutions, les entreprises se penchent sur le phénomène.

Le problème semble bien plus profond qu’on ne le pense.

 

 


 

Voilà, j’ai sorti les idées reçues sur le sujet et – rassurez-vous -  mon objectif n’est pas de déblatérer les poncifs rabâchés dans la presse.

 

Il n’y a jamais de réponse toute faite et universelle au mal-être exprimé dans la société en général et dans l’entreprise en particulier.  Mais la première étape pour se saisir humainement du sujet est de tendre l’oreille sans parti pris, d’entendre et d’écouter.

 

Avec l’accord de la personne qui a accepté de me livrer son témoignage et que je retranscris tel quel, je vous laisse prendre connaissance de ce qui se peut se passer dans une entreprise du point de vue d’un salarié sans que parfois cela soit clairement perçu par le management et la direction…

 

 

 

« Elle se tient devant moi, souriante.

Cela tranche avec les propos qu’elle va me confier mais qu’elle a réussi à relativiser avec les mois qui se sont écoulés.

Elle aurait pu être une collègue, une de ces femmes que je croise dans les transports, dans les couloirs des entreprises, une voix qui m’accueille au téléphone.

Oui, j’aurai pu la croiser sans savoir, sans comprendre.

Mais aujourd’hui, elle tient à apporter son témoignage.

 

 

Ecoutez-là.

 

 


 

-          J’ai la trentaine depuis peu, cela fait quelques années que je travaille chez xxx.

Au début, j’étais surprise par certaines pratiques mais c’était mon premier poste. Alors je me suis dit que je n’y connaissais rien, qu’il fallait s’endurcir…

Puis j’ai commencé à me sentir de moins en mois bien, de plus en plus mal à l’aise au travail, plus critique sur ce qui se passe devant moi.

 

Et puis ça s’est accéléré avec la situation de l’entreprise qui allait moins bien.

 

Pour moi, c’est devenu des envies de me jeter sous le train qui m’amenait au boulot chaque lundi matin.

Des insomnies, du mal être, envie qu’on me délivre de la boule dans la gorge.

2 épisodes dépressifs.

 

On pourrait dire que c’est mon problème personnel, que c’est moi qui ne tourne pas bien rond.

 

Alors qui peut m’expliquer la situation d’autres salariés également dépressifs, pourquoi ma collègue n’a jamais voulu revenir de son congé parental car elle ne supportait pas l’idée de retrouver les conditions de travail ici ?

 

J’ai un collègue qui est mort – crise cardiaque – il ne savait pas s’arrêter et on lui en demandait toujours plus. D’autres ont eu de sérieuses alertes dues au stress et au rythme quotidien.

 

Et le quotidien, c’est ça : des ordres contradictoires, aucun véritable management si bien que les collègues s’érigent d’eux-mêmes chef. Des nouveaux embauchés qui se succèdent sur le même poste et qui s’en vont dégoûtés ou qui sont licenciés car ils ne plaisent pas assez aux chefaillons autoproclamés. Les clans qui torpillent les soi-disant ennemis ou ceux qui se montrent trop neutres.

La direction ne voit rien ou ne veut rien voir. Je pense qu’elle prône le « diviser pour mieux régner ».

 

La surcharge de travail devient phénoménale, le matériel fait de bric et de broc ne suit pas, les ordinateurs récupérés de-ci de-là nous claquent sous la main.

Les locaux sont crasseux, loin des normes admises, on passe des dizaines de jours sans chauffage en hiver. Le papier hygiénique fait défaut, on se cotise pour en acheter. On en rit parfois, c’est la période  « démerdez-vous ».

 

Pourquoi être restée si longtemps ?

Pour moi, l’équation est simple : je travaille ici, je travaille dans ces conditions, je ne vaux rien, pas mieux que tout ça. Je suis une « merde ».

Et une « merde » psychologique ne peut pas se rendre efficacement à un entretien d’embauche pour sortir de là.

 

Alors moi aussi, j’ai trouvé un moyen de m’enfuir. J’ai fais un bébé. Par envie, bien sûr mais aussi parce que mon congé maternité va me permettre de m’échapper quelques mois.

 

Après ?

Je ne sais pas, je ne veux pas y retourner, pas de la même façon.

Pourtant, j’aime mon métier.

Peut-être qu’une rupture conventionnelle… »

 

 

Je laisse le lecteur réfléchir à ce témoignage…

 

 


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