Pour compléter le témoignage de l'article Mal-être au travail : un témoignage issu de l'entreprise. je vous propose ce billet sur deux types de fléau en entreprise : le dirigeant caractériel et le « nouveau chef ».

 

En effet, pour certains, « la conception du rôle du manager est à la gestion des ressources humaines ce que la dictature est à la démocratie… »

 

Plusieurs années d’expérience professionnelle m’ont amenée à croiser la route de dirigeants qui ne parvenaient à dissimuler leur manque de compétence que grâce à une violence managériale.

Exigeant à l’excès, coléreux, pathologiquement pointilleux sur des détails que le personnel doit respecter à la lettre, leur profil entre vite dans le clan des harceleurs en entreprise.

 


 

Le dirigeant caractériel, un harceleur au pouvoir…


 

Le dirigeant caractériel de type harceleur présente des comportements très caractéristiques : il impose des conditions de travail humiliantes, stressantes, il se montre volontiers vexant et méprisant.

 

Il  ordonne de faire, de refaire une tâche de travail, de défaire ce qui a déjà été fait, il dégote des fautes inexistantes, il conteste la procédure appliquée alors même qu'il en est l'auteur.

Il exige la réalisation d’une tâche tout en sachant qu’elle sera déjà obsolète au moment de son achèvement.

Il donne des consignes totalement contradictoires, le travail en devient irréalisable, le salarié se trouvant dans le flou absolu quant aux tâches qui lui ont été confiées.

Il prend un malin plaisir à exiger que sa victime soit classée dans les « infréquentables » de l’entreprise, imposant qu’on ne l’approche pas, qu’on réduise les interactions avec elle au strict minimum. La placardisation est érigée en loi à ne pas braver pour ne pas risquer de se retrouver soi-même dans le collimateur du dirigeant caractériel.

 

 


Le  « nouveau chef »,  un syndrome très commun…


 

Tous les salariés de l'entreprise ou d’un service, sont en passe d’être exposés à ce type de harceleur, notamment ceux qui étaient appréciés par l'ancienne équipe dirigeante ou l’ancien chef.

La névrose du « nouveau chef » provient des fortes pressions qu’il reçoit ou perçoit. Il se doit de légitimer la promotion ou l’affectation dont on l’a gratifié, il est condamné à de dépasser, à se surpasser.

Il doit « faire mieux », gommer les échecs passés, arriver coûte que coûte à remplir les objectifs même si cela doit passer par « écraser » du personnel.

Son esprit a vite intégré cette problématique et il en fait la base de sa feuille de route.

 

Monsieur X si sympathique au demeurant se mue alors en affreux tortionnaire…

 

 

La victime et le harcèlement moral.

 

Au début, la victime est dans le désistement, elle redoute tout conflit envers l’entreprise.

L'agresseur, profitant de la confusion, s’ancre dans un processus de déstabilisation de la victime.

Une phase de compromis s’instaure pendant laquelle la victime reste soumise aux abus du harceleur.

La première va s’enfoncer dans un  sentiment dépressif pendant que le second va gagner en assurance.

Mentalement, la situation est donc très défavorable à la victime qui ressent de plein fouet l’appauvrissement de ses capacités et de sa vivacité d’esprit. Elle perd pied.

Son anxiété s’accroit de jour en jour tout comme l’incertitude et l’extrême confusion.

 

Cette situation fait le lit de la violence qui ne tarde pas à éclater.

 

Impuissante, la victime tente de comprendre, elle remet tout en cause mais rien ne vient lui donner un début d’explication. Elle doute de tout, de ses actes, de sa fonction, d’elle-même.

 

Cette forte tension interne a pour résultat de donner libre cours à un stress destructeur.

 

Bien sûr, chaque personne réagit différemment à ce stress ce qui en rend ardu l’appréhension et les limites.

Le harceleur ne perçoit aucunement ce tumulte chez sa victime allant jusqu’à la rendre responsable de tout.

Un cercle vicieux se met en place : plus la victime est en état de tension extrême plus elle anticipe ses faux pas, plus elle ressent de stress.    

De plus en plus seule, la victime se demande si elle n’exagère pas la situation et  si elle ne la mérite pas ...

 

A long terme, ce doute se dissipe et la victime comprend qu’elle est le jeu d’une manipulation.

Elle ressent alors un sentiment de honte.  Comment a-t-elle pu tomber dans un tel piège ?

 

Mais, déjà affaiblie, l’énergie la quitte, elle se focalise uniquement sur l’agression du harceleur. Elle n’est plus du tout productive pour l’entreprise, toute happée par son quotidien effrayant.

De l'incapacité à réagir, le risque de suicide devient important.

 

Pour cesser le conflit, la meilleure solution semble le départ de la victime.

 

Lorsqu’elle met le nom de harcèlement sur la situation qu’elle vit, c’est bien souvent lorsqu’elle constate la même agression sur un collègue ou lorsqu’elle a trouvé un appui en interne ou à l’externe.

Il faut savoir que même si la victime revient dans son entreprise après un long arrêt maladie, il y  a un risque élevé qu’elle soit rattrapée par des symptômes physiques ou psychologiques entraînant un nouvel arrêt maladie etc etc…

 

 

 

L’après période de harcèlement…

 

Après cette expérience traumatisante, la victime sort graduellement d’une sorte de dépendance.

Soit elle s’en sortira sans séquelle, soit elle reproduira sur d’autres ce qu’elle a elle-même enduré soit elle va développer un déni, soit elle fuira comme la peste tout ce qui la ramènera au souvenir de cette expérience se mettant en situation d’instabilité chronique.

 


 

Et l’entreprise dans tout cela ?

 

Le harcèlement nuit également à l’entreprise.


La situation cause des dégâts à un niveau dépassant largement la relation individuelle.

C’est toute une équipe, un service, une entreprise qui subit une détérioration entraînant une baisse de l’efficacité et de la qualité du travail sans parler des coûts liés à l’absentéisme.

 

En effet, ce qui prend le pas même sur l’accomplissement des tâches dévolues à chacun, c’est la gestion du conflit entre le harceleur et la victime !

 

 

Au final, c’est l’entreprise qui peut être victime de ses dirigeants s’ils n’ont que le souci de maintenir un système perverti mais qui leur offre une certaine aura et de la valorisation.

 

Le plus grand danger est de banaliser le phénomène du harcèlement et de ne le considérer que comme une conséquence de la crise économique.


Au fondement du harcèlement, nous retrouvons toujours une situation de laxisme organisationnel qui entraîne des dérives ainsi qu’un manque de respect généralisé.


Le devoir de tous est de le refuser.

 


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