On ne la voit pas forcément venir mais il y a des petits riens qui sont précurseurs, qui devraient vous alerter… la mise au placard.

Vous constatez qu’on a oublié de vous convier à cette réunion où tout le monde était présent.

Vous envoyez des mails auxquels personne ne répond, on ne vous met d’ailleurs pas en destinataire ou en copie des communications qui vous concernent d’habitude.


 

Vous avez de plus en plus la sensation d’être inexistant, inintéressant, l’oublié de service.

On décommande vos rendez-vous interne ou on change votre planning sans vous prévenir.

On commence à vous faire des remarques ce qui vous met encore plus à l’écart.

Vous êtes coupé des autres, dans votre petit bureau.

On vide votre fonction petit à petit (c’est le job vacuum), ne vous laissant que les tâches subalternes, vous n’avez de manager plus que le titre.

Votre entreprise vient de subir une réorganisation, un rachat, une fusion, un changement de direction, un chamboulement dont tout le monde tente d’émerger du mieux possible.

Vous êtes souvent cadre, manager d’un service.

Vous avez 40, 50 ans.

Vous êtes mis au placard.


 

Le choc.

Vous ne pensiez pas y avoir droit.

Vous êtes rigoureux, impliqué dans votre travail, toujours présent.

Vous prenez conscience que l’entreprise à un nouvel objectif pour vous : vous faire partir en vidant votre poste de tout son intérêt.

On vous déclasse discrètement mais fermement en vous proposant un titre de chargé de mission où vous pourrez toujours espérer exprimer votre potentiel, votre expérience… ça, c’est dans le meilleur des cas.

Vous pourrez toujours tenter de sauver la face et de conserver un semblant de dignité envers vos collègues.

Dans le pire des cas, vous découvrez par hasard que vous avez été mis au ban du collectif, livré aux regards des autres et à la curée. Car il y a aura curée ! Les fragilisés, on peut leur sauter dessus, les piétiner, c’est permis, c’est même inscrit dans le fonctionnement implicite !

 

 

Emotions, émotions…

Ne vous voilez pas la face, vous serez probablement affecté lorsque vous réaliserez ce qu’il se passe.

Vivez les émotions qui vous submergent que vous ressentiez de la peur, de la tristesse, que vous soyez en colère. Ne craignez pas d’exprimer vos émotions, ne les refoulez pas sous peine de les voir ressurgir plus tard par le biais de troubles psychosomatiques.

Cette étape est primordiale pour que vous puissiez ensuite rebondir sans trop de dégâts.


 

Parlez à vos proches, expliquez ce que vous vivez sans non plus vous poser en tant que victime sacrificielle. C’est un coup dur, soit, que vous n’avez pas vu venir mais vous ne vous définissez pas en fonction de cet aléa désagréable. C’est là qu’intervient la capacité à être résilient.


 

Analysez la situation et nommez les choses. Vous êtes au placard. Acceptez de le dire et de vous le dire.


 

 

Action, réaction…

Et maintenant que les choses sont entendues et comprises, le plus important commence.

Comment allez-vous réagir et vous projeter dans le futur ?


 

Réfléchissez en tenant compte des différentes options possibles…

 

Conserver sa dignité passe aussi par l’analyse des options qui s’offrent à vous :

- Votre employeur est-il ouvert à la possibilité d’une rupture conventionnelle ?

- Etes-vous prêt à accepter la situation pour maintenir votre emploi ?

- Aviez-vous l’idée en sommeil de faire bifurquer votre vie professionnelle vers un autre projet ?

- Vous lancez-vous dans une recherche d’emploi ?


 

Résistez en vous investissant et réseautez...

 

Pour différentes raisons, vous pouvez choisir de vous accommoder de la situation temporairement ou pour une durée indéterminable dans l’immédiat, le temps que vous mettiez en place votre plan d’action. Ou encore vous avez opté pour de ne pas chercher à quitter votre entreprise pour des raisons qui vous appartiennent (proximité de la retraite etc).

Pour que la situation reste tenable et la plus correcte possible pour votre intégrité mentale, vous allez devoir prendre les choses en main.

Continuez à exister dans l’entrepris en produisant de la « matière » professionnelle, réalisez une veille, diffusez des informations pertinentes, montrez que vous êtes toujours là, tenez un blog professionnel, participez à des discussions sur les réseaux professionnels.

L’idée est de se tenir informé de l’actualité de son métier, de son secteur pour être prêt en cas d’opportunités. Votre avenir n’est peut-être plus dans cette entreprise mais l’extérieur existe !

C’est aussi le moment de mesurer si vous n’avez pas besoin de vous former et de soigner votre employabilité.

Prenez part à des clubs professionnels, nouez de nouvelles alliances dans votre entreprise, après tout, d’autres services, d’autres collaborateurs peuvent avoir besoin de vous.

En un mot : montrez-vous et montrez que vous existez !

En parallèle, investissez-vous ou ré-investissez-vous dans votre vie privée. Vous avez une famille, des amis, une vie sociale, culturelle ou sportive en dehors du travail ? Profitez-en ! Votre énergie ne se diluera pas dans le ressassage de vos malheurs mais sera employée à bon escient.


 

J’en viens d’ailleurs à faire un aparté de taille en vous rappelant cette vieille maxime pleine de sagesse : « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ».

On ne le répétera jamais assez, mais la vie est faite d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle et de capacité à conserver son ouverture d’esprit.

N’investir son intérêt et son énergie que dans une seule direction provoquera un effondrement catastrophique si vous vous trouvez privé de votre unique obsession.


 

Si vous perdez votre travail ou sa substance, il vous restera votre famille, vos amis, vos passions pour surnager et vous remettre le plus vite possible en position de redevenir l’acteur de votre existence.


 


 

Faites valoir vos droits...


 

Il se peut aussi que vous choisissiez d’attaquer votre entreprise pour la situation dans laquelle elle vous a poussé.

Si vous décidez de partir sur la voie du harcèlement moral, gardez à l’esprit qu’il se définit officiellement ainsi :

« Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. »


 

En ce sens, la mise au placard peut être assimilée à une situation de harcèlement moral si elle consiste en la répétition d'actes qui ont pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité du salarié et de dégrader ses conditions de travail.

La Cour de cassation a déjà jugé un cas similaire et reconnu la caractérisation d’un harcèlement moral.

En l’espèce, un salarié isolé subitement dans un petit bureau et coupé de ses collègues était de plus, victime d’une ostracisation orchestrée. La victime, pour faire reconnaître le harcèlement, avait dû prouver sa relégation dans un petit bureau ainsi que de l’isolement dont elle était victime.

Sachez-le, la mise au placard sera reconnue en tant que harcèlement si et seulement si vous apportez des preuves suffisantes et sans équivoques pour le caractériser.


 

Pour être guidé au mieux, n’hésitez pas à vous adresser à un conseil juridique, à un avocat, à un représentant du personnel ou encore à l’Inspection du travail dont vous dépendez.


 

Enfin, si vous en éprouvez le besoin, adressez-vous à une association qui aide les personnes en situation de souffrance au travail, à votre médecin du travail ou encore aux spécialistes des consultations de souffrance au travail.


 

Quoi qu’il en soit, ne restez pas seul et renfermez sur votre situation.

Vous valez mille fois mieux que ce qu’on veut vous faire croire…

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