Petite devinette : qu’ont en commun Jaques Dessange, Alain Afflelou, Xavier Niel (Iliad) ou encore Jean-Claude Bourrelier (Bricorama) ?

Vous séchez ?

Voici la réponse : ils sont autodidactes.

1. Une question de culture.

De ce côté de l’Atlantique, on les trouve suspects.

De l’autre côté, on les trouve très intéressants.

Si les USA ont tendance à valoriser le parcours et l’expérience des candidats lors des recrutements, la France est un bien plus enclin à privilégier le diplôme comme critère primordial de sélection.

Or, objectivement, qui peut évaluer uniquement la valeur d’un futur collaborateur sur un bout de papier face à un vécu ?

C’est bien là que le bât blesse… les recruteurs et les entreprises préfèrent les profils sortis d’un moule régi par des normes communes plutôt que d’insuffler une certaine diversité de profil, une nouvelle énergie, une façon différente de considérer les situations…

Cette exception française (encore une !) basée sur la reconnaissance entre pairs est un véritable danger dans un monde qui se modifie en permanence et qui brasse de plus en plus de différences.

Pourtant, l’autodidacte en sait parfois bien plus que ses homologues. Si son cursus scolaire est plutôt restreint, il a bénéficié d’une montée en puissance hiérarchique et d’une formidable expérience professionnelle qui lui permet de mieux appréhender les attentes de chacun.

2. Un profil riche et passionnant… si riche et passionnant qu’il en fait peur !

L’autodidacte est souvent pourvu d’une personnalité énergique et passionnée. Car il faut être doté d’une grande capacité de motivation, de créativité et de passion pour tirer son épingle du jeu face à des collègues suffisants qui ne manqueront pas de remettre en doute ses compétences puisqu’il ne les a pas acquises sur les bancs des écoles supérieures ou des cursus universitaires pointus…

Ces profils peuvent apparaitre comme « trop » : trop foisonnant d’idées créatrices, trop actif, trop investi dans leur job – d’ailleurs ils ont une force de travail qui les fait passer pour des stakhanovistes - et, revers de la médaille, ils sont aussi d’un naturel trop inquiet.

Mais comment pourrait-il en être autrement lorsqu’ils sentent qu’ils doivent légitimer leur place chaque jour, aux yeux des autres comme à leurs propres yeux ?

Ce n’est donc pas sans surprise que nombre de chefs d’entreprises français sont des autodidactes, trouvant ainsi le moyen de pleinement déployer leur envergure dans leur propre structure.

3. Un problème de système scolaire ?

Faire un sort au système scolaire n’est pas l’objectif de cet article mais on peut légitimement se poser la question de son adéquation avec la diversité des personnalités amenées à le fréquenter.

Et il n’est nullement question de QI ou d’autres mesures de capacités, tout le monde ne peut se retrouver dans la masse formée par le système scolaire, tout le monde n’a pas besoin du même rythme ou de la même forme d’enseignement pour favoriser l’assimilation des savoirs, d’autres enfin souffrent de handicaps qui sont difficilement pris en compte dans un milieu classique : dyslexie, dyscalculie, trouble de l’attention, hyperactivité…

Enfin, si le système scolaire est bien là pour permettre l’acquisition des bases de la connaissance qui forgent le citoyen, il n’est pas de son ressort d’agir sur des questions d’éducation ou de bagage culturel, ces derniers points restant l’apanage de la sphère familiale, individuelle ou de celui de structures dédiées.

4. Les atouts des autodidactes.

J’ai déjà parlé des particularités et des qualités des autodidactes dans la seconde partie de cet article mais il y a 2 points dans lesquels ils excellent et qui constitue une grande partie de leur « valeur ajoutée ».

Ils ont une intuition hors norme pour saisir les opportunités qui les feront progresser. Partis de rien, on peut les retrouver rapidement en haut des lignes hiérarchiques où ils sauront donner toute la mesure de leur personnalité atypique.

Et surtout, ils ont conscience de leurs lacunes éventuelles et, pétris d’humilité, ils auront à cœur de s’entourer des meilleurs profils pour pallier leurs manques, quitte à se former régulièrement pour être toujours en phase avec les autres et se rassurer.

Une personnalité forte, capable d’écouter et de se transcender mais aussi de s’entourer de compétences… ne serait-on pas devant le fameux « mouton à 5 pattes » si recherché ?

Le portrait n’est pas dénué d’intérêt, pourtant, la frilosité des recruteurs et des entreprises peut mener ces profils plein de ressources dans une véritable impasse professionnelle tant que notre système de pensée et de management restera aussi guindé.

Un peu de folie, de liberté et de vent dans les cheveux ne feraient pas de mal à nos vieux principes…

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